Le Sauvage vu par la compagnie Nie Wiem
LE SAUVAGE `
Catherine Redelsperger
« Je crois infiniment au dépassement de soi-même »
Marcel Moreau
« Ecrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier,
même des contrées à venir »
Deleuze / Guattari
Essayons de sortir du grand récit, des histoires qu’on nous raconte.
Essayons de penser à autre chose. Essayons de penser la frontière en intimité,
mais au lieu de rendre sentimentale une géographie réelle, faisons de cette frontière,
une part réelle de l’intime…
LA PIÈCE
« Seule la vue change »
La pièce de Catherine Redelsperger est construite comme le scénario d’un jeu de rôle
dont le passage clé est la permutation des rôles.
Cette permutation qui a lieu entre deux hommes étrangers (l’Enseignant et le Sauvage)
est scénarisée par deux femmes (l’Infirmière et la Dame en rouge)
Ce sont les quatre personnages de la pièce.
L’action est située à la frontière, dans un hôtel.
A cet endroit du monde menacé par la guerre règne la peur. I
l n’y a plus aucun étranger, excepté le Sauvage, diplomate en mission.
La cité est régie par deux fois dix commandements :
ceux relatifs au comportement et à la morale des hommes et les dix autres destinés aux femmes.
Personne ne sait d’où sont issus ces commandements,
qui se manifestent comme une fatalité, structurant le monde et les rapports humains de telle manière
que toute rencontre véritable est impossible.
Dans ce pays, les hommes parlent une langue, les femmes une autre.
Chacun a au creux de la main un numéro, correspondant à une fonction et à un rôle.
Les uns n’apprennent rien des autres, personne n’apprend rien sur soi.
Le Sauvage est instruit par l’Enseignant des us et coutumes du pays,
et se voit péniblement contraint d’abandonner ses habitudes de politesse.
Il s’entraîne à intégrer les principes. Son objectif est simple :
« se faire accepter dans leur société, pour leur faire accepter un autre point de vue que le leur »…
Puis il y a la rencontre avec celle qui est devenue étrangère en son pays, partie et revenue,
dont le numéro au creux de la main a fini par s’effacer : la Dame en rouge.
C’est elle, avec ses souvenirs, qui sera le grain de sable dans la machine.
Très vite le Sauvage est menacé dans ce pays.
La peur monte, la peur de l’autre, et l’étranger nécessairement,
fait figure de danger et devient le catalyseur de cette peur.
Pour être sauvé il devra repasser la frontière.
Supervisé par l’Infirmière, femme hors classe, sans numéro, « infirmière du lien »
aux multiples visages, qui écoute et apprend, le passage sera comme un saut.
Il faudra changer non seulement les rôles mais aussi le système.
L’AUTEUR « Pour ce qui est de la pièce « Le Sauvage ».
la question de la frontière est en lien avec ma ville de naissance, ville frontière, Strasbourg.
Ma grand-mère a été tour à tour française, puis allemande, puis française, de même pour ma mère.
La construction de l’Europe, je la perçois avant tout comme la construction de la paix. »
Voici pour l’affaire personnelle de l’auteur, ce qui n’est pas écrit mais qui écrit, qui nourrit,
qui intime le besoin d’écriture.
Construction de L’Europe, construction de la paix comme souvenir d’enfance et comme route que l’on suit,
ainsi se forme une écriture géographique qui arpente, qui cartographie l’intime comme un territoire à découvrir,
« des contrées à venir »…et l’auteur invente un monde.
Et ce monde est celui de la frontière non pas des deux mondes séparés par une frontière,
mais bien celui de la frontière, habité par une nouvelle espèce de frontaliers.
Et dans ce monde, deux séries de commandements, deux langues, un nouveau système,
de nouvelles distances entre les gens, ou comment reposer la question de la frontière comme
dynamique de sens. Distance aussi que l’auteur-usine a su prendre avec sa production, l
aissant à une jeune metteuse en scène, Anne-Laure Lemaire, la place d’investir ce territoire
récemment découvert et d’en élaborer la géométrie.
Devenir étrangère à son pays pour laisser à une autre le soin de le montrer, de l’exposer, de le représenter.
NOTES SUR LE SAUVAGE, Catherine Redelsperger,
15 février 2006
Les origines.
A posteriori, il m’est possible de reconstituer les fils entre mon histoire et l’histoire de la pièce Le sauvage.
Elle a de manière étrange une dimension d’auto-fiction.
La structure d’une langue pour les hommes et une langue pour les femmes
me vient de mon apprentissage de la langue japonaise.
J’ai mémorisé et je n’ai pas vérifié la véracité de cela,
que la déclinaison des verbes permettaient de savoir qui était subordonné à qui.
La langue portant en elle un monde, j’ai donné à ce monde 10 commandements,
différents pour les hommes et pour les femmes.
Les 10 commandements sont en lien évident avec mes études de théologie protestante et talmudiste.
La frontière en lien avec ma ville de naissance, ville frontière, Strasbourg.
Ma grand-mère a été tour à tour française puis allemande, puis française, de même pour ma mère.
La construction de l’Europe, je la perçois avant tout comme la construction de la paix.
L’interaction est en lien avec mon intérêt pour les approches systémiques.
En particulier des thérapies systémiques, et aussi pour la cure d’âme, et encore pour la psychanalyse.
L’enseignement expérimental au travers de process est l’un de mes gagne-pain dans mes interventions
dans les entreprises privées.
La montée en puissance de l’obscurantisme aux Etats – Unis,
et la montée des intégrismes religieux vient compléter le tableau des ingrédients ambiants nourrissant la
pièce.
Et pour finir, La dame en rouge, est le surnom que m’avait donné mon psychanalyste Michel Rondsevski,
dont j’ai publié la pièce l’écureuil aux éditions Domanova,
où Anita l’une des héroïnes féminines, est la dame en rouge.
Les 10 commandements Dans l’histoire biblique, les 10 commandements sont donnés
par un dieu qui marque son alliance avec un peuple qu’il a libéré de l’esclavage,
qu’il a nourri dans le désert de la question (la manne), un peuple mené par un bègue Moïse
dans la traversée du fleuve, du désert, de la montagne.
Les 10 commandements sont dans le dit du « tu » suivi de la négative.
Les 10 commandements (je devrais dire des 2 x 10 commandements) du Sauvage,
ne sont donnés par personne, il n’y a pas d’altérité du tout autre. Ils sont de l’ordre de la fatalité.
Certaines femmes dont les numéros s’effacent parviennent à s’en extraire.
Les 10 commandements du Sauvage sont dans le dit sans autre.
Il n’y a pas de je, pas de tu, il y a du verbe à l’infinitif précédé ou non par une formule négative.
Il y a du soi, et de l’autrui, comme un il. Mais pas de je, pas de tu (anti référence à Martin Buber).
Le jeu de rôle La pièce est construite comme le scénario d’un jeu de rôle dont le passage clé
est la permutation des rôles. Cette permutation qui a lieu entre deux hommes étrangers est scénarisée par
deux femmes. Le « soin » de la relation à l’autre n’est pas une permutation entre un homme et une femme
(et donc permutation des 10 commandements) car rien ne serait nouveau. Il s’agit d’un saut.
Et pour cela l’étranger est nécessaire comme catégorie de l’autre et non pas comme un même.
La permutation envisagée soigne déjà l’enseignant qui avant même qu’elle soit factuelle,
parvient à faire l’hypothèse d’une rencontre avec une femme comme un autre.
Catherine Redelsperger
« Je crois infiniment au dépassement de soi-même »
Marcel Moreau
« Ecrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier,
même des contrées à venir »
Deleuze / Guattari
Essayons de sortir du grand récit, des histoires qu’on nous raconte.
Essayons de penser à autre chose. Essayons de penser la frontière en intimité,
mais au lieu de rendre sentimentale une géographie réelle, faisons de cette frontière,
une part réelle de l’intime…
LA PIÈCE
« Seule la vue change »
La pièce de Catherine Redelsperger est construite comme le scénario d’un jeu de rôle
dont le passage clé est la permutation des rôles.
Cette permutation qui a lieu entre deux hommes étrangers (l’Enseignant et le Sauvage)
est scénarisée par deux femmes (l’Infirmière et la Dame en rouge)
Ce sont les quatre personnages de la pièce.
L’action est située à la frontière, dans un hôtel.
A cet endroit du monde menacé par la guerre règne la peur. I
l n’y a plus aucun étranger, excepté le Sauvage, diplomate en mission.
La cité est régie par deux fois dix commandements :
ceux relatifs au comportement et à la morale des hommes et les dix autres destinés aux femmes.
Personne ne sait d’où sont issus ces commandements,
qui se manifestent comme une fatalité, structurant le monde et les rapports humains de telle manière
que toute rencontre véritable est impossible.
Dans ce pays, les hommes parlent une langue, les femmes une autre.
Chacun a au creux de la main un numéro, correspondant à une fonction et à un rôle.
Les uns n’apprennent rien des autres, personne n’apprend rien sur soi.
Le Sauvage est instruit par l’Enseignant des us et coutumes du pays,
et se voit péniblement contraint d’abandonner ses habitudes de politesse.
Il s’entraîne à intégrer les principes. Son objectif est simple :
« se faire accepter dans leur société, pour leur faire accepter un autre point de vue que le leur »…
Puis il y a la rencontre avec celle qui est devenue étrangère en son pays, partie et revenue,
dont le numéro au creux de la main a fini par s’effacer : la Dame en rouge.
C’est elle, avec ses souvenirs, qui sera le grain de sable dans la machine.
Très vite le Sauvage est menacé dans ce pays.
La peur monte, la peur de l’autre, et l’étranger nécessairement,
fait figure de danger et devient le catalyseur de cette peur.
Pour être sauvé il devra repasser la frontière.
Supervisé par l’Infirmière, femme hors classe, sans numéro, « infirmière du lien »
aux multiples visages, qui écoute et apprend, le passage sera comme un saut.
Il faudra changer non seulement les rôles mais aussi le système.
L’AUTEUR « Pour ce qui est de la pièce « Le Sauvage ».
la question de la frontière est en lien avec ma ville de naissance, ville frontière, Strasbourg.
Ma grand-mère a été tour à tour française, puis allemande, puis française, de même pour ma mère.
La construction de l’Europe, je la perçois avant tout comme la construction de la paix. »
Voici pour l’affaire personnelle de l’auteur, ce qui n’est pas écrit mais qui écrit, qui nourrit,
qui intime le besoin d’écriture.
Construction de L’Europe, construction de la paix comme souvenir d’enfance et comme route que l’on suit,
ainsi se forme une écriture géographique qui arpente, qui cartographie l’intime comme un territoire à découvrir,
« des contrées à venir »…et l’auteur invente un monde.
Et ce monde est celui de la frontière non pas des deux mondes séparés par une frontière,
mais bien celui de la frontière, habité par une nouvelle espèce de frontaliers.
Et dans ce monde, deux séries de commandements, deux langues, un nouveau système,
de nouvelles distances entre les gens, ou comment reposer la question de la frontière comme
dynamique de sens. Distance aussi que l’auteur-usine a su prendre avec sa production, l
aissant à une jeune metteuse en scène, Anne-Laure Lemaire, la place d’investir ce territoire
récemment découvert et d’en élaborer la géométrie.
Devenir étrangère à son pays pour laisser à une autre le soin de le montrer, de l’exposer, de le représenter.
NOTES SUR LE SAUVAGE, Catherine Redelsperger,
15 février 2006
Les origines.
A posteriori, il m’est possible de reconstituer les fils entre mon histoire et l’histoire de la pièce Le sauvage.
Elle a de manière étrange une dimension d’auto-fiction.
La structure d’une langue pour les hommes et une langue pour les femmes
me vient de mon apprentissage de la langue japonaise.
J’ai mémorisé et je n’ai pas vérifié la véracité de cela,
que la déclinaison des verbes permettaient de savoir qui était subordonné à qui.
La langue portant en elle un monde, j’ai donné à ce monde 10 commandements,
différents pour les hommes et pour les femmes.
Les 10 commandements sont en lien évident avec mes études de théologie protestante et talmudiste.
La frontière en lien avec ma ville de naissance, ville frontière, Strasbourg.
Ma grand-mère a été tour à tour française puis allemande, puis française, de même pour ma mère.
La construction de l’Europe, je la perçois avant tout comme la construction de la paix.
L’interaction est en lien avec mon intérêt pour les approches systémiques.
En particulier des thérapies systémiques, et aussi pour la cure d’âme, et encore pour la psychanalyse.
L’enseignement expérimental au travers de process est l’un de mes gagne-pain dans mes interventions
dans les entreprises privées.
La montée en puissance de l’obscurantisme aux Etats – Unis,
et la montée des intégrismes religieux vient compléter le tableau des ingrédients ambiants nourrissant la
pièce.
Et pour finir, La dame en rouge, est le surnom que m’avait donné mon psychanalyste Michel Rondsevski,
dont j’ai publié la pièce l’écureuil aux éditions Domanova,
où Anita l’une des héroïnes féminines, est la dame en rouge.
Les 10 commandements Dans l’histoire biblique, les 10 commandements sont donnés
par un dieu qui marque son alliance avec un peuple qu’il a libéré de l’esclavage,
qu’il a nourri dans le désert de la question (la manne), un peuple mené par un bègue Moïse
dans la traversée du fleuve, du désert, de la montagne.
Les 10 commandements sont dans le dit du « tu » suivi de la négative.
Les 10 commandements (je devrais dire des 2 x 10 commandements) du Sauvage,
ne sont donnés par personne, il n’y a pas d’altérité du tout autre. Ils sont de l’ordre de la fatalité.
Certaines femmes dont les numéros s’effacent parviennent à s’en extraire.
Les 10 commandements du Sauvage sont dans le dit sans autre.
Il n’y a pas de je, pas de tu, il y a du verbe à l’infinitif précédé ou non par une formule négative.
Il y a du soi, et de l’autrui, comme un il. Mais pas de je, pas de tu (anti référence à Martin Buber).
Le jeu de rôle La pièce est construite comme le scénario d’un jeu de rôle dont le passage clé
est la permutation des rôles. Cette permutation qui a lieu entre deux hommes étrangers est scénarisée par
deux femmes. Le « soin » de la relation à l’autre n’est pas une permutation entre un homme et une femme
(et donc permutation des 10 commandements) car rien ne serait nouveau. Il s’agit d’un saut.
Et pour cela l’étranger est nécessaire comme catégorie de l’autre et non pas comme un même.
La permutation envisagée soigne déjà l’enseignant qui avant même qu’elle soit factuelle,
parvient à faire l’hypothèse d’une rencontre avec une femme comme un autre.
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